La famille Peyrou de Marcolès

Par l’abbé Figeac

Transcription littérale de A. Jarrige curé de Marcolès

Présentation de Claude Urbain Gleyal

 

    Les Peyrou étaient très répandus à Marcolès, à la fin du XVIe siècle, comme en témoignent les actes de catholicité. Etaient-ils originaires de la ville, ou bien du village du Peyrou, dont ils auraient pris le nom ? Je l’ignore. Mais à cette époque, ils tenaient une place importante dans la cité et se trouvaient apparentés aux principales familles bourgeoises du pays.

    Voici quelques extraits des registres de la paroisse :

1581-baptême de François Peyrou, fils d’Antoine et de Marguerite de Boisset.

1594-baptême de Jean Peyrou, fils de Pierre et d’Anne de Montsalvy. Parrain Messire Jean Montsalvy, oncle maternel.

1595-1599-1601-baptêmes de Jeanne, Jean et Pierre, fils des précédents.

1612-baptême de Jean Peyrou, fils d’Astorg et de Antoinette de Calbot.

 

I - Le chef de la famille était messire Pierre del Peyrou, praticien en 1580. A ce moment, il payait 45 sols de rente à noble Hector de Boissière, seigneur de Laborie, pour son domaine del Cabanous ou de Gineste. Cette rente, il la racheta en 1587, moyennant une certaine somme. Pierre Peyrou épousa, vers 1590, Jeanne Destaing(1), appartenant à la famille d’où est sorti le général de ce nom et prit le notariat que les Destaing tenaient de temps immémorial. Cette alliance et cette situation augmentèrent son crédit et ses ressources. Il se hâta d’en tirer profit.

En 1580, noble Raymond de la Trémolière avait acheté le domaine de Faulat, d’Hector de Boissières. En 1603, 1610 et 1611, il le revendit par tiers à Pierre Peyrou, notaire. Ce dernier possesseur de la terre de Faulat, y ajouta le domaine de l’Ortigue, acquis du même dans les mêmes conditions.

    En 1608, Pierre Peyrou céda à Antoine Muratet, de Marcolès, un pré situé dans les appartences de la Bouygues, de la mouvance du seigneur de la Rodde, et tel qu’il l’avait acheté de Pierre Gaston, du village de la Bouygues. Muratet, en échange, lui donna un pré appelé de Floris, situé sur la Rance, près du Talarau, et une châtaigneraie, sise dans les environs du village du Bos, paroisse de Cassaniouze.

 

(1) Fille de Hector, bourgeois de la ville de Marcolès

 

    Pierre Peyrou acheta de messire Griffeuille un affar, appelé del Canet et une maison qui tombait en ruine. Enfin il acquit de messire Jean Laborie, praticien, en 1619, un champ, appelé de la Croix de la Viria, ou bien del Carlou, confrontant avec chemin royal de Marcolès à Maurs, avec terre de l’acheteur et une terre del Puech Mirounés, au prix de 30 livres.

    Après avoir géré ses affaires avec honneur et intelligence, Pierre Peyrou mourut en 1619 et fut inhumé dans la chapelle Destaing. Il laissait plusieurs enfants, entre autres :

1.     Jean, son successeur ;

2.     Pierre, vicaire de Marcolès ;

3.     et autre Pierre ;

4.     Géraud ;

5.     Hector, dont le parrain fut Hector Destaing, aïeul.

6.     Antoinette, femme de messire Jean Célery, notaire.

7.     Marguerite qui se maria en 1625 avec Jean de Leygonie, l’un des ancêtres par les femmes de la famille d’Humières, du Poux.

 

II - Jean Peyrou succéda comme notaire à son père et s’allia à noble personne Françoise de Verdelon, fille de noble Jean de Verdelon, sieur de Lasvailles. Possesseur de Faulat, il voulut acquérir la chapelle de ce nom et fit, en 1632, la convention suivante avec les derniers descendants de ceux qui l’avaient fondée :

    « Le 20 juin, après midi, au village de Blancou, en la paroisse de Marcolès et maison d’honorable homme Izard Faulat, bourgeois de la ville de Marcolès, et à présent résidant au dit village, ont été établis en leurs personnes les dits Faulat Izar et Guillaume son fils, habitant du dit Marcolès, pour eux et leurs successeurs d’une part ; et messire Jean Peyrou, notaire royal de la dite ville et habitant à présent au village de Faulat pour lui et les siens d’autre part :

« Comme soit ainsi que le dit Faulat ait une chapelle dans l’église du dit Marcolès et à la main droite en entrant, la plus proche de la porte, dédiée en l’honneur de Ste Anne, dans laquelle le dit Faulat a son tombeau tout seul avec banc et tous autres droits du fondateur, laquelle était en ruine, il aurait accordé au dit Peyrou de l’associer en la dite chapelle et lui donner aussi en icelle droit de sépulture et droit de faire un banc et d’avoir tous autres droits, honneurs et prérogatives à la dite chapelle, comme le dit Faulat a en icelle, à la charge de la réparer par le dit Peyrou. Force est-il qu’aujourd’hui date des présentes, le dit sieur Faulat en la présence et assistance du dit Guillaume Faulat, son fils naturel, de son bon gré, a accordé, cédé et transporté, cède, accorde et transporte au dit messire Jean Peyrou et aux siens la moitié de la dite chapelle et l’associe en icelle pour y avoir, par le dit Peyrou et aux siens à l’avenir, droit de sépulture, banc, avec tous autres droits, honneurs et prérogatives comme le dit Faulat y a, pour en jouir entre eux et les siens, à l’avenir, conjointement et également tant l’un que l’autre, à la charge que le dit Peyrou sera tenu faire en la dite chapelle son tombeau à part pour lui et sa famille sans se pouvoir mettre au tombeau du dit Faulat, auquel est réservé le patronage de la dite chapelle pour pouvoir à icelle de chapelain comme il a coutume de le faire, et en outre le dit sieur Faulat s’est réservé choisir et faire élection du tombeau qui est à l’entrée de la dite chapelle pour lui et les siens sans que icelui tombeau entre en la dite association ; et aussi sera le dit Peyrou tenu de faire pour le présent cas, réparations nécessaires au couvert de la dite chapelle, blanchir icelle, raccommoder les bans et les marchepieds de l’autel, et aussi faire raccommoder les vitres, et pour l’avenir se feront par l’un et l’autre successivement toutes les réparations par moitié. Le dit Peyrou en reconnaissance de la cession que le dit Faulat lui a faite, a gratuitement donné au dit Faulat la somme de 102 livres, laquelle les dits Faulat ont confessé avoir reçu du dit Peyrou. Ont signé : Faulat père et fils, Peyrou, Cazes, Goubert notaire. »

    Jean Peyrou avait acquis une chapelle et habitait parfois un château, mais tout n’allait pas pour le mieux. Il éprouva beaucoup de difficultés dans le payement de la dot de ses frères et sœurs.

    En 1645, messire Géraud Peyrou, son frère, lui réclama pour sa part et celle de sa sœur Antoinette pour obligations consenties devant Cavanac, et comme représentant des fermiers du Prieur, une forte somme. Tout compte fait, Jean Peyrou se trouva débiteur envers son frère de 2258 livres. Ne pouvant le solder immédiatement, il lui donna en garantie, avec ses revenus, le domaine de Canet ou del Carlou, composé de maison et grange couvertes de paille, et de serres, prés, bois et pâturages.

    Un heureux évènement vint bientôt mettre fin aux embarras financiers de Jean Peyrou : ce fut le mariage de sa fille Françoise avec François Louis de Méallet, de Fargues. Il donna à la future épouse les domaines de Faulat, de l’Ortigue, del Carlou, avec obligation pour son gendre de payer ses dettes et de doter ses beaux-frères.

Ce mariage eut lieu vers 1635 ou 1640.

    En 1665, Pierre Peyrou, frère de Jean, prêtre et vicaire de Marcolès, fit son testament dont voici le résumé :

    « Le 16 janvier, après-midi, dans la ville de Marcolès et dans la maison où il fait sa résidence, fut présent Pierre Peyrou, devant messire Cavanac, notaire royal, pour faire son testament …. Il demande que son corps soit enseveli dans l’église paroissiale et que les honneurs lui soient faites selon sa qualité ; il donne et lègue à la communauté 10 livres pour messes et requiem ; il donne à chacun des bassins la somme de 5 sols, plus donne et lègue à messire Jean Peyrou, notaire royal, son frère, la somme de 20 livres ; plus donne à Marguerite Peyrou, aînée de nom, femme à Pierre Prat, de Marcolès la somme de 15 livres ; plus donne à Marguerite Peyrou, sa nièce, femme à Guillaume Bouygues, juge de Marcolès, 45 livres ; plus donne à messire Pierre Peyrou, lieutenant en la juridiction de Marcolès, à messire Jean Peyrou et Guillaume Peyrou, frère et neveu du testateur, à chacun d’eux la somme de 5 sols ; plus donne à noble Guillaume, Claude et Louise de Méallet, fils et filles à noble François Louis de Méallet et à défunte demoiselle Françoise Peyrou, à chacun la somme de 10 livres ; plus donne à Guillaume Souquail, son valet, la somme de 30 livres ; plus donne à chacun des autres prétendants 5 sols ; puis institue son légataire universel Jean Peyrou, praticien, son neveu. Témoins : messire Pierre Bos et Jean Prat, prêtres, Guillaume Cueille hoste et Louis Gauzentes.

   Françoise de Verdelon et son mari, notaire, testèrent en 1667, dans les conditions suivantes :

   Françoise de Verdelon donna à son fils aîné, Jean Peyrou, tous et chacun de ses biens, à charge par lui de payer à Guillaume Peyrou, Marguerite  Peyrou, femme à Pierre Prat et autre Marguerite, épouse de Guillaume Bouygues, ses enfants aussi, la somme de 80 livres à chacun, comme aussi de payer à Guillaume, Claude et Louise de Méallet, ses petits enfants, à chacun 20 livres ; plus donna 40 livres au bassin du purgatoire et 40 messes de requiem. Témoins : Jean Prat, chirurgien et Jean Sabatier régent d’école de Marcolès.

   Jean Peyrou fit des legs aux mêmes enfants que dessus, et établit son héritier son fils Jean notaire. Ni l’un, ni l’autre ne mentionne Pierre, Géraud et Anne, qui étaient morts à cette époque ou suffisamment dotés.

   Nous trouvons, en effet, à la même époque le testament de Géraud Peyrou qui donna à l’église, aux prêtres, à Pierre, Jean, Marguerite et autre Marguerite Peyrou, ses frères et sœurs, et fit héritier son frère, Guillaume.

   Hector Peyrou, fils de Pierre et Jeanne Destaing, se maria aux Salettes avec demoiselle de Murat. On lui avait constitué une dot de 700 livres, payable à 25 ans. Son frère Jean, notaire, n’ayant pu tenir cet engagement, il fut acquitté par François Louis de Méallet, en 1650.

   Géraud Peyrou, également notaire et lieutenant du prieur, dont il a été question plus haut, à l’occasion de ses démêlés pécuniaires avec Jean, avait épousé Louise des Salettes, propriétaire du domaine de ce nom et sœur de demoiselle de Murat, femme d’Hector.

   Le 20 juillet 1664, eut lieu, aux Salettes, le contrat de mariage de Jeanne del Peyrou, fille de messire feu Géraud Peyrou, vivant notaire royal, et d’honnête femme Louise des Salettes, et de messire Antoine Bouyssou praticien, fils de feu François et de Catherine de Liaubet, du village du Bouyssou ; en présence de Jean Leygonie, bourgeois, et messire Jean Peyrou, praticien, frère de la future épouse.

   Antoine Bouyssou avait eu d’un premier mariage avec Jeanne Laborie, une fille qui s’allia plus tard avec un Guirbert.

   Les Bouyssou remplacèrent les Peyrou comme notaires et conservèrent le notariat pendant plusieurs générations. Le dernier, mort après la révolution, et après avoir été un excellent maire de Marcolès, ne laissa que deux filles dont l’une épousa Lhéritier de la Borme, et l’autre Cantournet de Vielcru.

   Géraud Peyrou était mort en 1664, laissant son frère Hector fermier aux Salettes. Il habitait ordinairement la ville de Marcolès.

   Hector et Géraud avaient un autre frère nommé Pierre, distinct de Pierre Peyrou vicaire. Dans un acte de 1664, on trouve que Latrémolière et Jean Bonnefons, de Vitrac, devaient 218 livres à Pierre Peyrou lieutenant de la juridiction de Marcolès. Il est du reste mentionné dans le testament de son frère prêtre. Je ne sais s’il était marié ni à quelle époque, il mourut.

   Les registres de catholicité de 1666 contiennent l’acte de mariage d’un Géraud Peyrou, notaire, avec Françoise Cavanat. C’était peut-être l’héritier de Géraud Peyrou, des Salettes.

 

III - Voyons maintenant les descendants de Jean Peyrou et de Françoise de Verdelon.

   Jean, l’aîné, remplaça son père comme notaire et se maria en 1669, avec Antoinette de Cavanac, fille de messire Pierre Cavanac, notaire royal, et de Catherine de Vigése. Le futur époux s’engagea à porter dans la maison Cavanac une dot de 1500 livres. Cavanac donna à sa fille la moitié de tous et chacuns de ses biens et la mère 200 livres. La future épouse possédait personnellement 200 livres. Jean Peyrou commença la gestion de ses affaires en chargeant un nommé Casse, d’Aurillac, de faire l’inventaire des papiers laissés par son père et son aïeul. Il s’occupa ensuite de payer les legs dus à ses frères et à ses sœurs. En 1670, il versa 140 livres à Guillaume Peyrou et 319 livres à François Louis de Méallet, en présence de messire Antoine Boussaroque, juge de la cour ordinaire du seigneur du poux, et Jean Leygonie, bourgeois de Marcolès. Il payait au chapelain de Nozières une rente annuelle de trois setiers seigle et setier avoine et 4 sols.

   En 16(55), il était procureur de messire Guillaume de Sénezergues, sieur de l’Alteyrie, avocat en parlement et fermier du seigneur prieur de Marcolès. Il reçut pour ses gages la somme de 20 livres.

   Jean Peyrou devait au seigneur du Poux et du Claux la censive fixée au taux suivant sur les affars ci-nommés : 1°/ pour un pré del Carlou, pour une terre et brossiers appelés del Carlou, pour une terre garnie de châtaigniers, pour trois champs, un cens annuel de quatre setiers, quatre punières et un tiers seigle, avoine un setier et demie quarte mesure de Marcolès, géline demie, 6 sols, 4 deniers. ----------- 2°/ pour un autre champ appelé de la Borie et de la Croix de la Veyrine, un cens de deux quartes seigle, mesure de Marcolès.

   Cette rente donna lieu à un long procés comme témoigne l’acte qui suit :

   « A Aurillac, 1690, étude du notaire soussigné, furent présents Charles de Veyre, escuyer, seigneur du Claux, faisant en qualité d’héritier sous bénéfice d’inventaire, de défunt messire Jacques de Veyre, ci-devant lieutenant criminel au baillage et siège présidial de la présente ville d’une part : et messire jean Peyrou, notaire royal de la ville de Marcolès, d’autre part : les parties pour finir le différent étant entre eux au sujet de la censive annuelle de seigle deux setiers, une quarte, une punière, avoine trois quartes, argent 18 deniers, prétendue d’après le seigneur du Claux sur un affar del Cabanou, de la contenance d’environ quarante séterées à la mesure de Maurs, un champ, devèzes, pâturages, et cinq séterées en bois de châtaigniers, à la même mesure, le tout assis dans les appartenances du village de la Vaissière, ruisseau appelé del Rieu Cros entre eux, lesquels héritages avaient été reconnus par François de Méallet, escuyer, en qualité de mari de demoiselle Françoise Peyrou, à la charge de la susdite redevance à défunt Hector de Veyre, escuyer, seigneur du Claux et del Poux, père du dit sieur contractant, devant Peyrou notaire le 24 juin 1651 ; laquelle reconnaissance le dit Jean Peyrou fils soutenait être nulle et de nul effet pour avoir été faite par le dit sieur de Méallet sans pouvoir et au préjudice de la franchise et allodialité des dits héritages, établies par le moyen de la vente faite par Hector de Boissière, seigneur de Laborie et de Calvet, à Pierre Peyrou, par devant Carrié, notaire, le 20 août 1587 ; laquelle vente ledit sieur du Claux soutenait de son côté être inutile au moyen de ce qu’il disait que la censive par lui de mandée avait été vendue par le dit Hector de Boissière à Guy de Cazes, seigneur du Poux, auteur du dit sieur du Claux, par contrat reçu par Célery, notaire le 5 janvier 1576, purifiée et confirmée par autre contrat du 28 janvier 1588, reçu par Gérard notaire ; en conséquence desquels contrats, le dit sieur du Claux soutenait lesdits auteurs avoir joui de la dite censive avant la reconnaissance faite par le dit sieur de Méallet, ce qui était dénié par le dit sieur Peyrou, lequel prétendait que ses auteurs avaient cessé de payer la dite censive depuis le contrat d’achat du 20 août 1587 ; sur quoi, les parties, pour éviter un plus long procès, sont convenues par forme de transaction de ce qui suit : la dite censive demeure réduite à la quantité de seigle un setier , une quarte, une punière, avoine trois quartes, argent 18 deniers, que le dit Peyrou s’engage à payer au dit sieur du Claux, tant et si longuement qu’il sera tenancier des dits héritages del Cabanou et del Ginest ci-dessus désignés. Fait en présence de François Leygonie, avocat au baillage d’Aurillac, et Lagarrigue, notaire. »

   Cette censive diffère de celle mentionnée plus haut, parce qu’elle ne comprend pas tous les tènements possédés par jean Peyrou.

   En 1692, mourut honorable femme Marguerite Vigère, veuve de Vincent Aubert, vivant bourgeois de Marcolès, et demanda à être ensevelie dans l’église paroissiale de St Martin. Elle donna pour messes 200 livres, donna à Antoinette Cavanac, sa nièce, femme à Messire Jean Peyrou notaire, 50 livres, à Guillaume Peyrou son filleul, et louise Peyrou fils et fille du notaire, au premier 200 livres et à la seconde 100 livres.

La même année, Jean Peyrou versa, pour sa part, à Canteloube, d’Aurillac, pour frais de garnison de deux hommes, pendant deux jours, la somme de 8 livres.

   Vers 1700, Jean Peyrou, vieux infirme, presque aveugle, vivait retiré à la Borie de Canet. Dans un acte de 1698, il déclare ne savoir signer, parce qu’il a perdu la vue. Il dut mourir vers cette époque.

   Sa femme Antoinette Cavanac, testa le 20 décembre 1698. Elle donna à son mari 5 livres, à Françoise Peyrou, sa fille, 200 livres et du linge, à Pierre et Antoine Peyrou, ses autres enfants, à chacun 50 livres et nomma son héritier universel Guillaume Peyrou, son fils aîné. Elle donna de plus trois aunes de camelot blanc pour être fait un devant d’autel à la chapelle St Ferréol, en l’honneur de St Eutrope. Elle fut enterrée dans le tombeau de ses prédécesseurs. Une de ses filles, Louise, l’avaient précédée dans la tombe.

   Nous avons trouvé peu de renseignements sur la vie des frères et sœurs de Jean Peyrou, notaire. François Louis de Méallet, époux de Françoise, qui avait obtenu comme dot de sa femme les domaines de Faulat, de l’Ortigue et del Carlou, compta à ses beaux-frères Pierre, Jean, Guillaume et Géraud la somme de 500 livres et à ses belles sœurs les deux Marguerite et Anne 600 livres à chacune, selon les conventions qui avaient été faites. C’était en 1646.

   En 1655, François Louis de Méallet afferma le domaine de la Borie de Canet à Pierre Peyrou, prêtre et vicaire. Celui-ci Chargea Pierre Puech de l’exploiter en lui fournissant comme cheptel : 2 paires de bœufs, 3 vaches dont deux avec suivants, une velle de deux ans et 20 brebis, le tout estimé 493 livres ; plus 37 setiers blé seigle.

   Onze ans plus tard, à St Antoine et dans la maison de Piganiol, notaire royal, Jean Teulade et Jacques Lantuéjoul, fermier à Longuevergne, requis par Peyrou, de faire l’estimation du domaine del Carlou, déclarèrent à Géraud Puech, fils de Pierre, Qu’ils avaient évalué les bestiaux à corne à 430 livres et les brebis à la somme de 140 livres.

   Les règlements de compte entre François Louis de Méallet et ses beaux-frères se terminèrent en 1661, dans l’acte suivant :

   L’an 1661, et le 8 mai, dans la ville de Marcolès et maison d’honnête femme Marguerite de Peyrou, veuve de feu messire Gladines, ont été présents François Louis de Méallet, sieur de Solinhac, Faulat et autres lieux, habitant au château de Solinhac, héritier bénéficiaire de défunte Mademoiselle Françoise de Peyrou, sa première femme, d’une part ; Pierre, Jean et Géraud Peyrou, enfants de messire Jean Peyrou, notaire royal, et de Mademoiselle Jeanne de Verdelon, habitants du dit Marcolès, faisant tant pour eux que pour Guillaume Peyrou, leur frère, auquel ils promettent faire agréer et ratifier les présentes à la première réquisition du sieur de Méallet, d’autre part ;

Lesquels pour raison des arrérages et pensions des sieurs Peyrou frères, de tout le passé jusqu’au 25 mars dernier, déduits tous les paiements faits tant par le dit sieur que par messire Pierre Peyrou, prêtre, ou autres par le dit sieur : ont convenu et accordé à la somme de 260 livres de laquelle le dit sieur de Solinhac se déclare leur être reliquataire : savoir au dit Pierre, de 55 livres, au dit jean, de 80 livres, au dit Guillaume, de 43 livres et au dit Géraud, de 82 livres, revenant à la susdite somme de 260, de laquelle les sieurs Peyrou, tant pour eux que pour le dit Guillaume déclarent être payés, content et satisfaits au moyen de la délivrance des bestiaux du domaine del Carlou, soit des fonds à eux baillés par le dit sieur Pierre Peyrou prêtre ci-devant fermier du dit domaine, et d’autant que les susdits bestiaux se sont connus de la valeur de 400 livres :

Les sieurs Peyrou solidairement, l’un pour l’autre, ainsi que pour le dit Guillaume absent, ont promis et se sont obligés bailler et bailler au dit sieur de Solinhac d’ici à quatre ans prochains, au 25 mars 1665, la somme de sept vingts livres en argent ou bestiaux ; et moyennant ce les susdites partie ont renoncé à tout procès pour le droit de la dite pension, voulant que la police sous ceing privé prise entre eux au mois de septembre 1656 demeure sans effet ; et pour raison de la pension des sieurs Peyrou pour les quatre années à venir, suivant le contrat passé au mois de novembre 1654, a été convenu que les dits sieurs ont été quittés et déchargés au moyen de l’afferme qu’il leur fait pour les susdites quatre années qui ont commencé au 25 mars dernier et finiront à pareil jour de l’année 1665, savoir du dit domaine del Carlou, à la fin de laquelle les sieurs preneurs, outre la somme de sept vingt livres sus mentionnées, seront tenus laisser le dit domaine ensemencé de 36 setiers seigle, mesure de Marcolès, et 46 charretées de foin et 200 bottes de paille dans les granges, et les bâtiments en bon état, tels qu’ils sont à présent : paieront en outre les tailles et rentes du dit domaine pendant les quatre années à décharge, et tenir quitte le sieur bailleur, et lui rendre les acquis à la fin du présent bail, promettant de les faire jouir de l’effet d’icelui, sans quoi les parties ne seront pas quittes de l’arrérage de la pension : n’entrera pourtant dans la dite afferme un champs appelé de la Croix de la Veyrie, baillé ci-devant par le sieur de Solinhac en jouissance au dit sieur Pierre Peyrou, prêtre, lequel ici présent et acceptant, il quitte tant du prix du bail du dit domaine jusqu’au 25 mars dernier que des bestiaux et autres charges, ensemble Pierre Puech métayer du dit domaine pour les six années dernières, sauf pour les reçus des tailles que le dit Puech est tenu lui apporter dans trois mois.

Fait en présence de maître Pierre de Sénezergues, avocat en parlement et Guillaume Bouquier de Lascombes, paroisse de Leynhac, Piganiol notaire.

   Après cet arrangement, Pierre Puech continua l’exploitation du domaine del Carlou pour le compte des frères Peyrou, mais il le fit avec négligence et laissa tout se détériorer : ce qui lui suscita un procès avec ses maîtres en 1669.

   Comment ce domaine possédé par François Louis de Méallet, donné en jouissance à ses beaux-frères, revint-il à l’aîné de la famille, comme nous l’avons vu plus haut ? Je n’en sais rien. Il est probable qu’après la mort de sa première femme, Françoise de Peyrou, et son second mariage à Solinhac, de Méallet finit par le vendre à Jean Peyrou, notaire. Son fils aîné, Guillaume de Méallet ne garda que Faulat et l’Ortigue. Sa descendance s’est perdue dans le pays, et il ne reste plus aujourd’hui de cette famille que M. Peschaud, de Murat, sénateur du Cantal, arrière-petit-fils par sa mère du dernier des Méallet, de Faulat.

   Nous connaissons aucun détail sur la vie de Pierre, Jean(1) et Géraud(2) Peyrou, Frères du notaire.

 

(1) Jean Peyrou, fermier à Longuevergne en 1649.

(2) En 1666, testament de Géraud Peyrou, 27 janvier : il donna à l’église et aux prêtres des messes et fit des legs à messire Pierre Peyrou, Jean Peyrou, Marguerite et Marguerite Peyrou, ses frères et sœurs. Il institua héritier son frère Guillaume.

 

Un Guillaume Peyrou, praticien, de la Borie de Canet, fit son testament en 1710. Il fit des legs à Pierre, Antoine, Françoise, ses enfants d’Antoinette Cavanac, et nomma son héritier Guillaume, son fils aîné. Ce Guillaume était sans doute le frère des autres, et avait épousé une belle sœur de son frère aîné, le notaire.

   Les deux sœurs Marguerite s’étaient mariées, l’une à Pierre Prat et l’autre à Guillaume Bouygues, de Marcolès.

 

IV - Guillaume Peyrou, fils aîné de Jean notaire et d’Antoinette Cavanac renonça au notariat et s’établit définitivement à la Borie de Canet.

Le 25 février 1699, il prit pour femme Anne Canet, fille d’Antoine, marchand à Marcolès et d’Hélène Esquirou, en présence d’Antoine Esquirou bourgeois de Vitrac et Géraud Molénat, chirurgien, de Marcolès. Sa vie toute entière fut consacrée à l’exploitation de son bien. En 1702, il céda à son beau-père, Antoine Canet, tous les droits qu’il pouvait avoir sur les successions des Cavanac et de Catherine Vizège, morte ab-intestat.

   Ses deux frères, Pierre et Antoine, habitaient, en 1720, le village de Cavanac, paroisse de Vitrac. Ils reçurent chacun la somme de 150 livres pour une part de leurs droits paternels. Une de leurs sœurs, Louise, mourut jeune, et l’autre, Françoise, fille dévote, résidait à Marcolès. On lui avait donné 300 livres pour sa part d’héritage.

 

V - Antoine Peyrou, fils aîné de Guillaume, succéda à son père comme cultivateur à la Borie de Canet.

    Le 16 juillet 1732, il avait épousé Jeanne Devès, du village de la Roque, à laquelle on avait constitué une dot de 1030 livres. Ce mariage déclaré nul par suite d’un empêchement de consanguinité du 4ème degré qu’on avait ignoré, fut revalidé en 1733 par Monseigneur Joachim Joseph d’Estaing, évêque de St Flour.

   En 1737, messire Hugues de Méallet, docteur en théologie, prieur et seigneur de Marcolès, donna à ferme à Antoine Peyrou, marchand de la Borie de Canet, les sols et dimes de tous les blés vifs et de mars qui doivent se recueillir dans les villages de Diguerie, le Bruel et le Bousquet, moyennant la quantité de 35 setiers seigle pour chaque année.

   Nous ne connaissons pas d’autres faits intéressant la vie d’Antoine Peyrou, ni l’année de sa mort.

   Il avait plusieurs frères et deux sœurs dont voici le nom et le peu que nous savons :

   Claudine, mariée à Antoine Naudou, maréchal ferrant à Marcolès ;

   Jeanne, fille dévote ;

   Pierre, qui contracta mariage, le 10 janvier 1758 avec Marie Lantuéjoul, fille de Jean et Anne Bac, du village de Lavaissière, et fut la souche des Peyrou de ce lieu ;

   François ;

   Louis, prêtre communaliste. Il était né le 27 mai 1718 et avait eu pour parrain François Louis de Méallet, escuyer, sieur de Faulat, et pour marraine, Marguerite Esquirou, du lieu de Vitrac. Il mourut à la Borie de Canet en 1758, à l’âge de 40 ans. Je ne sais dans quelle paroisse il avait exercé le saint ministère ;

   Pierre, second du nom, établi au village de Vaurs, paroisse de la Salvetat ;

   Un autre, Antoine, qui testa à Maurs ainsi qu’il suit :

1780, testament, à Maurs, d’Antoine Peyrou, du lieu de Marcolès. Il donne aux prêtres de Marcolès 200 livres pour messes ; il donne et lègue à Antoine Peyrou, son filleul, fils de Pierre, du village de Lavaissière, 50 livres ; à autre Antoine Peyrou, aussi son filleul, fils de Pierre, du village de Vaurs, paroisse de la Salvetat, 50 livres ; à Jeanne Peyrou, sa nièce, fille à Antoine, de la Borie de Canet, sa maison d’habitation avec petit jardin attenant, le tout situé à Marcolès, exceptés les meubles et effets destinés à l’héritier universel ; à Jeanne Peyrou, sa sœur, fille dévote, la jouissance sa vie durant de la cuisine de la dite maison ; à chaque prétendant 5 sols ; institue son légataire universel Pierre Peyrou, fils à Antoine, de la Borie de Canet.

   Ce testataire n’était pas marié ou mourait sans enfants. Rien n’indique la profession qu’il exerçait à Marcolès.

 

VI - Pierre Peyrou hérita de son père Antoine et garda le domaine paternel. En 1774, il épousa Jeanne Fabrègues, fille de défunt Jean et de Marguerite Courbaize, du village du Mas, paroisse de Vitrac, qui lui apporta une dot de 2000 livres. Le contrat fut passé au Mas, par Me Chaumont, en présence de messire Georges de Verdelon, escuyer, du village de la Diguerie, de Guillaume devez, prêtre de Marcolès, son oncle, de maître Pierre Courbaize, bâchelier es lois, du lieu de Marcolès, de sieur Pierre Devez, marchand, du village de la Roque, et autres parents et amis. Ce mariage, heureux et prospère, ne dura que 12 ans. Jeanne Fabrègues, épuisée peut-être par le travail et ses nombreux enfants, mourut en 1786 comme l’atteste le reçu délivré par les prêtre de Marcolès :

« 1786, nous soussignés, curé et vicaire, déclarons avoir été payés des honneurs funéraires savoir : enterrement, neuvaine, quarantaine et bout de l’an de Jeanne Fabrègues, femme de Pierre Peyrou, laboureur du hameau de Carlou, présente paroisse. Madamour, curé, Gladines, vicaire. »

   Les enfants de Jeanne Fabrègues trouvèrent une seconde mère dans leur tante Catherine Peyrou et surtout Jeanne, toutes les deux recommandables par leur grande piété.

   En 1788, messire François de Guirard de Montarnal et dame Marie Jeanne de Boissières, habitant au château du Noyer, vendirent à Pierre Peyrou un bois situé dans les environs du Noyer, se réservant d’y garder les animaux, excepté à l’époque des châtaignes.

   Pierre Peyrou mourut le 23 septembre 1812. deux ans plus tôt, il avait testé en la forme suivante :

«  Le 14 août, devant François Denys Bouysson, fut présent Pierre Peyrou, lequel se trouvant un peu indisposé, néanmoins en parfaite mémoire, connaissance et liberté de tous ses sens, a, par ces présentes, fait et dicté lui-même son testament noncupatif  et dispositions de dernière volonté, ainsi qu’il suit :

   1° a dit le testateur : je charge mes héritiers ci-après d’employer une somme de cent francs en messes de requiem, moitié hautes et moitié basses qui seront dites dans l’an de mon décès par les prêtres de Marcolès, et payées par mes héritiers au prorata de ce que chacun d’eux ou d’elle amandera dans ma succession ; plus d’employer une somme de 50x en réparation de l’église de Marcolès, laquelle payable dans la seconde année de mon décès au prorata comme ci-dessus.

   2° Je donne et lègue à Pierre Peyrou, mon troisième enfant, le quart par préciput et avantage de tous mes biens présents et avenirs, mobiliers et immobiliers, sans par moi entendre le préjudicier en rien sur la portion de mes autres biens que la loi lui adjugera et sans par lui être sujet à aucun rapport vis à vis de mes autres enfants et fille. Et en tout mes autres biens présents et à venir, je nomme et institue pour mes légataires généraux et universels tant le dit Pierre Peyrou précipué que Antoine, Jean-Pierre, Jacques et Jeanne Peyrou, tous mes enfants et fille légitimes, à la charge par eux de satisfaire à mon présent testament, et de faire faire mes honneurs funéraires suivant la portée de mes biens. Car telle est ma dernière volonté que je veux être exécutée, laquelle a été écrite mot à mot des mains du notaire soussigné, en présence de sieur Olivier, docteur en chirurgie, Jean Suq tisserand, François Lapeyre, garçon majeur, et Jean Bonnet cordonnier, tous domiciliés du chef-lieu de Marcolès. »

   Pierre Peyrou avait un frère de même nom que lui et quatre sœurs.

   Pierre, second du nom, épousa en 1779, Marguerite Autemayou, du village de Pouzols, paroisse de Roannes. Il se constituait 2500 livres de dot.

   Anne Peyrou s’établit à Leygonies et prit pour époux Guy Cantournet, fils de Jean et Marie Vaurs. Elle reçut 600 livres.

   Jeanne, première de nom, mourut jeune ab intestat.

   Catherine, fille devote, après s’être dévouée à l’éducation de ses neveux, se consacra toute entière aux soins de son oncle, Guillaume Devez, prêtre du village de Laroque. Ce prêtre mérite une mention particulière, soit à cause de ses œuvres, soit à cause de ses relations avec la famille Peyrou.

   Le 24 octobre 1751, ses parents lui constituèrent un titre clérical en la forme suivante :

«  A Marcolès, par devant le notaire royal et témoins soussignés, a été présent Guillaume Deves, marchand, du village la Roque, lequel voulant seconder le pieux dessein de messire Guillaume Devès, clerc minoré, son frère, fils à autre Guillaume défunt et à Catherine Lieurade, d’être promu aux ordres sacrés, le dit Guillaume, de son bon gré et libre volonté, a donné et constitue, pour titre clérical et sacerdotal, au dit Guillaume Devès son frère la somme de 60 livres de pension annuelle et sacerdotale, payable moitié de six mois en six mois, à commencer du jour de son ordination ; a promis et s’est obligé par ses présentes de fournir à son dit frère pendant sa vie l’habitation d’une chambre, faisant partie de sa maison au susdit village de la Roque, garnie de meubles et ustensiles nécessaires de maison et de convenance pour un prêtre ; pour laquelle pension il engage tous et chacun de ses biens … » Bouyssou notaire. « Nous soussigné, certifions avoir publié le susdit titre clérical par trois dimanches consécutifs que nous reconnaissons véritable. – En foi de ce à Marcolès le 9 X 1751.

de Conquans, curé. »

Guillaume Devès exerça le ministère comme vicaire dans les paroisses de Cassaniouze, de Ladinhac, de Leynhac, de Mourjou, de Sénezergues et de Sansac.

Pendant cette période, il acheta de Jean Caniat, marchand de la ville de Marcolès 1° une maison basse, couverte de tuiles canelées, sise dans la rue et proche du cimetière, avec tous ses curtils, pactus, aisances, circonstances et dépendances quelconques, la dite maison en mauvais état et ayant besoin de réparations urgentes ; 2° un jardin appelé du foiral, sis entre le dit foiral et le portail d’Amou, confrontant du levant avec jardin de Courbebaisse Géraud, du midi avec le pré de Laparro,  du sieur d’Humières, du couchant avec pré de Marie Vaissière et Pierre Naudou, mariés, du septentrion avec le chemin de Marcolès à Aurillac, le tout moyennant la somme de 329 livres. Acte passé par Bouyssou dans la maison de Baptiste Clary.

   En 1784, Guillaume Devès résidait dans sa maison de Marcolès et faisait partie des prêtres communalistes dont il partageait les modestes rentes.

   Sa vie et entachée du serment donné purement et simplement à la Constitution Civile du Clergé pendant la Révolution. Malgré cette défaillance, plus ou moins volontaire et raisonnée, il fit en mourant un grand nombre de bonnes œuvres.

Voici son testament.

«  Le 29 août 1793, testament mystique de Guillaume Devès, habitant la présente ville de Marcolès, remis au notaire Bouquier, en présence de Jean-Marie Olivier, chirurgien, Bouygues tisserand, Guillaume Delaquis tailleur, Astorg cordonnier et Michel Fraigeat serrurier.

   Le dit jour susdit, le second de la république française, après-midi, en la ville de Marcolès et maison de la citoyenne Jeanne Peyrou, du village de la Borie de Canet, a comparu le citoyen Guillaume Devès prêtre, habitant au susdit lieu et maison, étant attaqué de maladie corporelle, et ne pouvant écrire son testament qu’il désire vouloir mystique et clos m’a prié et pris pour sa personne de confiance pour en faire la rédaction. En conséquence, adhérant à sa réquisition, il a voulu disposer de ses biens comme s’en suit :

   Je donne et lègue aux pauvres de la paroisse de Marcolès la somme de 100 livres pour leur être distribuée par le citoyen curé de Marcolès, d’abord après mon décès et aux plus nécessiteux ; plus donne et lègue à titre de legs particuliers aux pauvres des paroisses de Ladinhac, de Leynhac, de Cassaniouze, de Mourjou, de Junhac et Sénezergues à chacune pareille somme de 100 livres, distribuable par le citoyen curé de chacune des dites paroisses, en présence de deux citoyens municipaux de chacune d’elles, dont moitié payable deux mois après mon décès, et l’autre moitié deux mois après :- plus je donne et lègue à chacune des dites paroisses ci-dessus désignées, et encore à celle de Sansac-Veinazès, à chacune d’elles, la somme de cent livres pour être employée en messes de requiem et acquittées à ma décharge par chaque curé de chacune des dites paroisses, payable d’abord après mon décès ; plus je déclare devoir à Jeanne Devès, ma sœur, de la Borie de Canet, la somme de 38 livres qui lui sera payée par mon héritière bas-nommée d’abord après mon décès, à laquelle je donne à titre de legs particulier, comme à autre Jeanne Devès, seconde de nom, épouse à Jean Lacombe, du village de Salièges, paroisse de Monmurat, à chacune d’elles, la somme de 30 livres, payable dans quatre mois après mon décès ; item, je donne et lègue, au même titre de legs particulier, à Jeanne Peyrou, ma nièce, de la borie de Canet, la somme de 20 livres ; plus je veux et entends que tous mes livres, habits et linge d’église soient vendus publiquement à l’enchère pour le prix en être de suite distribué aux pauvres de la paroisse par le citoyen Deconte, curé ; je veux de plus que mes honneurs funèbres soient faits par le dit citoyen curé de la paroisse et que les neuf messes de neuvaine soient exactement célébrées ; je veux aussi, au cas que je meure dans la dite paroisse de Marcolès, être enterré en habit de prêtre dans le cimetière de la chapelle de St Eutrope, et que quiconque assistera à ma sépulture, il lui soit distribué, à chaque chef de famille, la somme de 20 sols par le dit citoyen curé, d’après la remise qui lui en sera faite par mon héritière bas-nommée ; et en cas que la mort s’en suive, je veux et entends que Pierre Devès aîné, mon neveu, de la Roque, ne soit point recherché ni inquiété pour raison de ce qu’il pourrait me devoir du passé jusqu’à ce jour, lui en faisant un pur et simple don ; plus je donne et lègue, à titre de legs particulier, à pierre Peyrou, de la Borie de Canet, la somme de 100 livres, payable quatre mois après mon décès ; plus je donne et lègue à tous prétendant droit à ma succession, et à chacun d’eux, la somme de 5 sols, au moyen de laquelle je les exclue de mon hérédité. Je nomme et institue pour mon héritière générale et universelle Catherine Peyrou, ma nièce, résidant actuellement avec moi, voulant qu’elle acquitte de point en point toutes mes dispositions ci-dessus et après avoir pris lecture de mon testament mystique, j’y persiste. En conséquence, je casse et révoque tous autres testaments que je pourrais ci-devant avoir faits et approuve ce dernier que j’ai dicté au dit citoyen notaire du village de la Morétie, mot à mot et qu’il a signé avec moi au bas de chaque page, les ans et jours ci-dessus. »     Devès - Bouquier

   Ce qui frappe dans ce testament, c’est d’abord la charité de Guillaume Devès, n’oubliant aucune des paroisses où il a exercé son ministère, et donnant aux pauvres avec une générosité digne de tout éloge ; c’est ensuite son désir surprenant de vouloir que ses aumônes soient faites et ses messes acquittées par des prêtres assermentées, c'est à dire condamnés par l’Eglise. Il y a là quelque chose qui étonne et qui ne peut s’expliquer que par l’influence du notaire sur le testateur. Bouquier est le maire révolutionnaire de Marcolès, l’ami et le protecteur des prêtres infidèles, il doit donc profiter de sa situation et employer tous les moyens pour les rendre sinon populaires, du moins supportables. Or rien ne peut leur être plus utile que de servir d’intermédiaires pour les riches offrandes de Guillaume Devès. C’est ce que comprend très bien le notaire sans culotte de Marcolès, notaire qui finit assez misérablement après avoir été obligé de renoncer à son domaine de la Morétie. C’était un triste successeur de la très honorable famille des de Conquans.

   Catherine Peyrou exécuta fidèlement les dernières volontés de son oncle et ne garda pour elle qu’une rente payée par la famille Lacarrière de la Rodde. Mais celle-ci ayant émigré à cause de la révolution, et ses biens se trouvant sous séquestre, elle fut dans la nécessité d’adresser aux citoyens administrateurs du district d’Aurillac la pétition suivante :

   « Catherine Peyrou fille majeure du lieu et commune de Marcolès, expose qu’en sa qualité d’héritière de feu Guillaume Devès, prêtre, son oncle, elle est créancière de la citoyenne marie Dorothée Sénezergues la Rode veuve Lacarrière : 1°/ - d’une constitution de rente de 170 livres au principal de 3400 livres consentie par la dite Sénezergues en faveur du dit feu Devès son oncle devant Bouyssou notaire le 17 juillet 1782 ; 2°/ - d’autre constitution de rente de 90 livres au principal de 1800 livres consentie au même par la dite Sénezergues devant le même notaire le 21 Xbre 1786. – Comme la dite Sénezergues a des enfants émigrés, que ses biens sont sous séquestre et que les fruits en sont perçus par la régie nationale, l’exposante en sa qualité de créancière de mère d’émigrés, a déposé et fait enregistrer au bureau de émigrés du district ses titres de créances ci-dessus énoncés pour la sûreté et conservation de sa créance. - Les revenus de sa créance lui ont été exactement payés tous les ans, à l’exception de ceux échus, l’un de 170 livres, le 17 juillet 1794, et l’autre de 90 livres, le 21 octobre dernier.

   L’exposante qui n’a d’autre ressource pour vivre que les revenus ci-dessus énoncés, espère, citoyens, de votre justice que vous voudrez bien lui donner un mendat sur les receveurs des droits d’enregistrement des bureaux de Montsalvy ou de Maurs qui perçoivent les fruits et revenus des biens de la dite Sénezergues, pour toucher et recevoir les deux revenus échus ci-dessus énoncés aux offres qu’elle fait de vous représenter et justifier de ses titres de créance par elle déposés au bureau des émigrés du district. »

   Les citoyens d’Aurillac ne se hatêrent pas d’exaucer la demande de la pauvre fille dévote, nièce d’un ci-devant curé. Alors elle adressa la supplique qui suit à M. Courbaize :

   « Catherine Peyrou prie le citoyen Courbaize, agent national près le district d’Aurillac, de vouloir bien appuyer sa pétition pour qu’elle soit payée des revenus échus. Les titres de créance de la dite Peyrou sont déposés au bureau des émigrés depuis longtemps, on les y trouvera. Si le district exige qu’elle établisse sa qualité d’héritière de son oncle prêtre, elle rapportera une expédition en forme du testament de son oncle. Comme la dite Peyrou ne demande que le paiement des revenus échus qui ne se monte pour l’année échue qu’à 260 livres, elle espère que les administrations du district et du département ne l’obligeront à recourir à la Convention pour cela, attendu que les administrations sont autorisées par décret à payer les créances qui ne s’élèvent pas au dessus de 800 livres. »

   Aucune pièce ne nous indique le résultat de ces démarches, mais on peut facilement supposer qu’elles n’aboutirent pas, car, à cette époque, les administrateurs d’Aurillac ne se génaient pas pour voler l’argent des honnêtes gens. Plus tard, sans doute, la famille de Sénezergues remboursa capital et intérêts à la pieuse fille.

   Catherine Peyrou disposa de ses biens, en 1816, en la forme suivante :

   « Je donne et lègue à Jeanne Peyrou, ma sœur, de Marcolès, la jouissance de mon bois à chataignes situé à Teulade et de mon petit jardin situé au chef-lieu de Marcolès, pour par elle en jouir après mon décès, pendant sa vie seulement ; je veux et entends que mon héritier délivre aux prêtres de Marcolès une somme de 200 f pour par eux être employée en messes de requiem, tant pour le repos de mon âme que pour celui de défunt Guillaume Devès, prêtre, lesquelles messes seront dites dans l’année de mon décès ; je veux et entends qu’il emploie une somme de 30 f pour faire le banc de la chapelle dite de l’Annonciation, faisant partie de l’église de Marcolès, payable la dite somme dans l’an de mon décès ; je donne et lègue à Marie Lacoste ma servante une somme de cent francs en sus des salaires que je pourrai lui devoir à l’époque de mon décès ; je nomme et institue pour mon héritier général et universel Pierre Peyrou, mon neveu, propriétaire cultivateur, marié au lieu de la Borie de Canet, sans préjudice de ce que je lui ai donné dans son contrat de mariage, à charge par lui de satisfaire à tout ce dessus //// » Bouyssou notaire.

   En 1823, testament de Jeanne Peyrou, sœur de Catherine.

   «  Le 10 avril, au lieu de Marcolès, a été présente Jeanne Peyrou, fille dévote, demeurant au présent lieu dans une maison appartenant à Jean Alidières, laquelle se trouvant incommodée a requis le notaire de recevoir son testament, ce qui a été par lui fait à mesure qu’elle l’a dicté ;

   Je donne pour être employée en messes la somme de cent francs, payable au desservant de la commune de Marcolès dans l’année de mon décès ;

   Je donne et lègue à Marie Jeanne Peyrou, épouse de Guy Figeac, de la Millie, de cette commune, tous les meubles meublants et ustensiles de ménage, mon linge, lit et autres effets qui se trouveront dans la maison que j’occuperai à mon décès, et en outre toutes les sommes qui pourront m’être dues par Jean Alidières, par suite de l’acte de vente qui lui a été fait de la maison que j’occupe actuellement :

   J’institue pour mon héritier universel Pierre Peyrou mon neveu, de la Borie de Canet, à la charge par lui d’acquitter le legs en messes, et sans qu’il puisse réclamer le paiement des sommes qui pourraient m’être dues par Jacques Peyrou, mon autre neveu, son frère.

   Fait en présence de sieur Jean Baptiste Bréchet, négociant, de sieur Jean Olivier médecin, de Jean Suq tisserand et de Jean Théron, tous du présent lieu de Marcolès. »

   Ainsi moururent ces deux saintes filles après toute une vie de piété et de dévouement à leur famille.

   Nous avons vu plus haut que Pierre Peyrou, époux de Jeanne Fabrègues, avait donné le quart de ses biens à son troisième fils Pierre. C’était, nous disait notre grand-mère, pour le récompenser de ses loyaux services et de son bon naturel.

   Cet arrangement excita les récriminations de ses frères. On attaqua le testament sous prétexte qu’il y avait eu suggestion et captation de la part des deux tantes. Après un long procès, le différent se termina par le partage du domaine de la Borie de Canet. Jean Peyrou prit la portion du bien qui lui était échu et les autres frères se contentèrent de la somme qui leur avait été promise.

   Pierre Peyrou conserva malgré tout le bien paternel, mais sa situation était difficile. Son domaine était diminué, les frais de succession se trouvaient considérables et des sommes importantes avaient été dépensées durant tout le cours de l’Empire, pour leur acheter des remplaçants pour le service militaire. Il put néanmoins faire face à ces difficultés, grâce à la générosité de ses deux sœurs, Jeanne et Catherine, et à la dot de sa femme, Rose Bardy, de St Antoine.

   Ils moururent tous les deux assez jeunes laissant 6 enfants.

1. Marie Lucie, héritière ;

2. Marie Jeanne, épouse de Pierre Robert, de Cabrespines ;

3. Marie, mariée à Montarnal, de la Morétie, dont il reste un fils, Jean Montarnal, établi à Roannes ;

4. Françoise, morte célibataire ;

5. Marie Catherine, pieuse fille de Ste Agnès ;

6. Lucie.

   Cette dernière et sa sœur aînée Marie-Lucie, communément appelée Poulotte, épousèrent deux Peyrou, de Laveissière, leurs cousins, et habitèrent ensemble la maison paternelle. C’était deux ménages très unis, très rangés, qui rendirent à la Borie de Canet le lustre des anciens temps.

   Pierre Peyrou et Marie Lucie n’eurent pas d’enfant. Lucie en laissa trois dont deux sont encore en vie.

   L’aîné, Antonin, marié à Emma Berthou, de Roannes, père d’un garçon et de quatre filles, est mort il y a quelques années, en laissant de profonds regrets dans sa famille et dans la commune.

   Le second, Sylvain, célibataire, consacre sa vie aux soins de sa bonne mère, agée de 88 ans.

   Le troisième, Pascaline, femme de Prat, de Sivetaire, commune de la Capelle en Vézie, élève une belle famille de 4 ou 5 enfants.

   Revenons aux enfants de Pierre Peyrou et Jeanne Fabrègue.

   L’aîné, Antoine, charpentier, fit un mariage d’inclination en prenant une fille pauvre du bourg et devint le père de Peyrou l’Américain, de Peyrou boulanger à Aurillac et de la femme Parlange.

   Jacques, le troisième, s’établit au village de Teulade. Ses enfants, sauf une fille mariée à Falissard, ont quitté le pays après avoir vendu le bien paternel.

   Marie Jeanne, la cinquième, de Marcolès, épousa le 16 février 1814, Guy Figeac, du faubourg haut, de Marcolès, dont les parents étaient fermiers du domaine de Rigoux et possédaient quelques biens propres. Ayant reçu en héritage de son oncle par alliance, l’abbé Lantuéjoul, le petit domaine de la Millie, elle s’y fixa en 1822. Mais l’année suivante, son mari fut pris d’une congestion pulmonaire et mourut le 13 juin 1823, à l’âge de 40 ans. Elle lui survécut longtemps et ne s’éteignit qu’en 1871, âgée de 85 ans. Elle avait été une excellente ménagère, mais pas toujours d’humeur facile. A son mariage, on lui avait constitué 4000 f, sans compter 600 f qu’elle possédait de son chef et 300 f qui lui venaient de sa tante Catherine Peyrou.

   Une de ses filles, Jeanne, religieuse du couvent de l’Enfant-Jésus, est morte à la Millie, en 1885, après avoir enseigné à Ladinhac, à Decazeville et à Darazac, dans la Corrèze. Bonne et sainte fille, toute dévouée à son Dieu et à sa famille.

   Rose, sœur de Jeanne, se maria avec Antonin Peyrou, de Laveissière, et mourut jeune. L’unique survivante de ses enfants, Marie, est devenue la mère des Lacostes du Castagner-bas.

   Guillaume Figeac, aîné des deux sœurs, naquit le 24 novembre 1814 et fut baptisé le jour même, avec Guillaume Lantuéjoul, prêtre, pour parrain, et pour marraine Catherine Peyrou, sa grande tante maternelle.

   Le 4 février 1846, il épousa sa cousine Anne Bories, âgée de 20 ans, fille de Jean Bories et de Marie Cantournet, du village de Leygonie.

   Dieu gratifia les saints époux d’une belle famille de 12 enfants dont les noms suivent :

1° Firmin Jean, propriétaire à la Millie ;

2° Pierre, prêtre, (l’auteur de cette notice) ;

3° Marie, dite Henriette, sœur de Ste Agnès ;

4° Jean, dit Denis, Frère des Ecoles chrétiennes ;

5° Louis, mort après sa naissance ;

6° Marie Catherine, sœur de l’Enfant-Jésus ;

7° Anne Marthe, sœur du Tiers-Ordre ;

8° Marie Rosine, sœur de l’Enfant-Jésus ;

9° Joseph, Frère des Ecoles chrétiennes ;

10° Marie –Lucie, morte jeune ;

11° Jean Pierre, mort jeune ;

12° Emilie, carmélite, décédée à Agen.

   Firmin a eu de sa femme Marie Mayonobe de Cabrespines, cinq enfants dont deux morts en naissant et trois encore vivants :

1° Joseph, soldat de la Grande Guerre, trois fois blessé, plusieurs fois intoxiqué par les gaz, décoré de la Croix de Guerre, marié à Marie Monbroussou, de Laveissière et père de deux charmants petits mioches : Roger et Elie ;

2° Guillaume Martin, médecin, établi dans les environs de Rouen avec sa femme et son fils Louis ;

3° Noélie, religieuse de l’Enfant-Jésus, résidant au couvent de Bruxelles, Belgique.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

   Jean Pierre Peyrou, avec sa part de biens, se fixa à Marcolès en qualité de propriétaire et de maître d’hôtel, après avoir fait bâtir une belle maison. C’était au commencement du XIXe siècle. A cette époque, la misère était si grande que les ouvriers lui arrivaient en abondance, ne demandant que la nourriture. Jeanne Marie, pour lors sa ménagère, nous a elle-même plusieurs fois raconté ce fait. Que les temps sont changés !

   Jean Pierre Peyrou, par son intelligence et son activité ne tarda pas à se créer une belle situation, que ses descendants n’ont fait qu’embellir.

De son mariage avec Jeanne Rouquier, originaire du Mur de Barrez, il eut 7 enfants : Louis et Léon, morts célibataires ; Marie, mariée à Murat, du Lac, dont il ne reste qu’une petite fille célibataire ; Philippe, demeurant à Paris, père de deux enfants ; Lucie, établie au Bouyssou, commune de Sansac-Veinazès ; * Léon Auguste, l’aîné de la famille qui embrassa l’état ecclésiastique.

 

* Ce n’est pas Léon Auguste, mais Pierre Auguste. Acte de baptême n° 66 «  Le huit septembre mil huit cent vingt est né dans le présent lieu Pierre Auguste Peyrou, fils naturel et légitime de Jean-Pierre et de Jeanne Rouquier, mariés. Il a été baptisé le même jour ; parrain pierre Peyrou, de la Veissière, signé avec nous, marraine Marie Jeanne Peyrou, du présent lieu, tante paternelle du baptisé aussi signée avec nous.      Rieu »

 

   C’était un prêtre d’une belle prestance, de grand savoir, d’une brillante imagination et d’un cœur d’or. Il fut successivement vicaire de Marmanhac, de Boisset et de Sénezergues. Dans cette dernière paroisse, il publia dans la Revue du Cantal une longue étude sur la légende du don, œuvre, nous dit M. de Sartiges, bien conduite d’une imagination féconde et d’un esprit cultivé. Nous regrettons qu’elle se soit perdue ; ce serait un document précieux pour l’histoire du Cantal.

   Quand Monseigneur Lacarrière fut nommé évêque de la Guadeloupe, il prit avec lui l’abbé Peyrou et le plaça à la tête de la plus importante cure de l’Ile. Le jeune curé de la Pointe-à-Pitre, par sa bonté et ses brillantes qualités, n’eut pas de peine à conquérir l’estime et l’affection de ses paroissiens. Mais ses succès eux-mêmes lui suscitèrent quelques envieux parmi ses confrères. Et lorsque l’évêque quitta la Guadeloupe pour prendre sa retraite au Trioulou, il abandonna sa place pour le bien de la paix et se rendit à la Réunion. Là, il obtint le titre de curé-archiprêtre de la Cathédrale de St Denis, et c’est là, pendant près de 20 ans, qu’il put répandre sur les habitants de la colonie ses trésors de bonté et de charité au milieu des épidémies et des tremblements de terre. Son dévouement lui valut successivement la Croix de la légion d’honneur et la Croix du St Sépulcre. Son désintéressement était absolu. Il recevait beaucoup et il donnait tout. Pendant sa retraite, il déclarait lui-même que pour vivre, il n’avait que la modeste pension attribuée par le gouvernement. Les soldats de France, et surtout ses compatriotes trouvaient auprès de lui un accueil aussi généreux que sympathique. Il les recevait dans son presbytère aussi souvent que possible. L’abbé Peyrou prit sa retraite en 1882 et alla habiter la villa Hermitage, dans les environs de St Denis. La première lettre que j’ai reçu de lui est datée du 29 janvier 1884. Dans cette missive, il me disait :

« Je vous remercie, cher cousin, d’avoir bien voulu entrer en relation avec moi. J’espère que désormais, nous vivrons d’une vie plus intime, la vie de famille, et que nos lettres réciproques donneront de l’activité à une affection que les liens du sang rendent de toute façon légitime et agréable à mon cœur.

   Vous me demandez si j’ai pris ma retraite, je vous reponds : oui ; depuis bientôt deux ans, j’ai fait valoir mes droits au repos pour ancienneté de services. Le gouvernement a pris ma demande en considération et m’a accorde 2500 f de rente viagère, auxquels il faut ajouter une petite pension du diocèse.

   J’avoue que sans cette retraite, mes vieux jours n’auraient pas été serein. Je n’ai fait aucune économie pendant les 24 ans que j’ai occupé la cathédrale. Tous les revenus que comporte cette belle paroisse de plus de 20000 âmes ont servi à mes besoins divers et aux besoins de ma famille spirituelle qui a été depuis longtemps visitée par l’infortune. Notre pays de Bourbon n’est plus l’Eldorado qu’on croit. La misère, suite des cyclones et des fléaux divers qui ont frappé l’agriculture, a envahi presque toutes les classes de la société. Les riches, les heureux du monde y sont rares, et chacun, au milieu des épreuves du présent, regarde avec angoisses les jours à venir.

   Pour refaire ma santé ébranlée par un long et laborieux apostolat, j’ai loué une très jolie campagne à trois quart d’heure de St Denis et sur les hauteurs fraîches et boisées qui le dominent : air pur, panorama et vues splendides, eaux limpides, rien ne manque à ma villa.

   Quand ma santé sera bien remise, et que je pourrai, sans danger, me confier à la mer, je vous arriverai. je veux mourir à l’endroit où fut mon berceau, et terminer ma carrière, longue déjà, au milieu des parents, dont le souvenir, aux régions lointaines, m’est toujours resté cher. »

   L’abbé Peyrou nourissait toujours l’espoir de rentrer en France, mais pour des raisons diverses, il retardait son départ. L’année suivante, en 1885, il m’écrivait :

« Cette année encore, je ne puis me rendre à votre invitation. D’abord j’ai des engagements avec le propriétaire de ma belle demeure, ancien évéché à la campagne de Monseigneur Delannoy, aujourd’hui évêque d’Aire ; ensuite je souffre encore de mes rhumatismes ; et enfin je ne veux revoir mon pays que quand le calme sera fait et que l’horizon politique sera rassénéré. Je n’aime point à me trouver mêlé aux discussions publiques et j’ai besoin de vivre dans une solitude qui ne veut pas être l’écho des clameurs populaires. »

   Malgré ses rhumatismes et sa retraite, le vaillant archiprêtre ne restait pas oisif. Il employait ses loisirs à des travaux littéraires et poétiques comme en témoigne sa lettre du 15 janvier 1886, la dernière que j’ai reçue de lui :

« Ma santé est loin de devenir parfaite. Mes rhumatismes anciens et plus ou moins familiers, ont reparu l’automne dernier et ne m’ont pas abandonné encore ; j’éprouve cependant un mieux très marqué. Du reste, quoiqu’il arrive, j’ai définitivement arrêté le projet de venir vous voir fin de l’année 1886. Je veux mourir en mon pays, et ces jours-ci, je chantais l’heure de mon départ.

   Vous ignorez peut-être, que je suis devenu poête. Dans les loisirs de ma retraite, j’ai déjà aligné plus de 8 mille vers. C’est une distraction agréable et presque nécessaire à la campagne. Toutes les fleurs de nos admirables côtaux, je les ai poëtisées, en commençant par la reine des fleurs, la rose mystique du Carmel, Marie, que j’honore dans ma chapelle sous le titre gracieux : de Notre Dame de Nazareth. On dit que ma Vierge fait des miracles ; je l’ignore ; mais je lui dois tout. Qu’elle me ramène au pays natal, cette douce étoile des mers et je la bénirai à jamais ! dans un petit poème, je lui ai consacré 1800 vers sous ce titre : Eve et Marie. C’est une gracieuse antithèse, un des charmants épisodes des temps primitifs et de la religion … »

   L’homme propose et Dieu dispose : C’est le cas de le dire. L’abbé ne devait pas revoir son cher pays natal. Dieu l’appela au ciel pour le récompenser de ses œuvres et de ses louanges en faveur de la Divine Mère. Nous regrettons de n’avoir aucun détail sur sa mort et sur ses funérailles. Nous regrettons surtout de ne pas posséder ses derniers écrits poétiques ; ce serait un précieux souvenir pour sa famille ; je veux au moins transcrire ici la belle cantate à son pays natal, qu’il a bien voulu m’offrir.

Ermitage, 1er janvier 1886

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Auvergne ! O ma belle patrie !

Sous ton ciel, je reçus le jour ;

Mon âme se trouve attendrie

Au doux penser de mon retour.

I

J’aime tes champs et tes montagnes.

Tes coteaux, tes vallons fleuris,

Tes riches et fraîches campagnes

Pays de la joie et des ris.

Auvergne !....

II

J’aime la merveilleuse histoire

de ta phalange, aux preux guerriers ;

Te donnant un nimbe de gloire

Avec ses immortels lauriers.

Auvergne !....

III

Aux bords de ma lointaine plage

Bientôt, je ferai mes adieux,

J’irai revoir mon cher village

Et puis j’irai, j’espère, aux cieux.

Auvergne !....

IV

O Cassagnol ! je veux sous tes ombrages

Me raviver de ton air libre et pur,

Et, sur tes monts, provoquant les orages,

Plonger mon œil, dans ton beau ciel d’azur.

Auvergne !....

V

Ruisseau du Bex, dont les fleurs sont si belles

Borie Canet, séjour charmant et frais,

Joyeux Rigou, aux heureuses ombrelles,

De vous revoir, je goûte les attrais.

~~~~~~~~~~~

Auvergne ! O ma belle patrie,

Si Dieu seconde mon désir

Sous ton ciel, je reçus la vie,

Sous ton ciel, je viendrai mourir !

   L’abbé Peyrou, chanoine honoraire de St Denis.

   Denis Peyrou, second fils de Jean Pierre, garda le bien paternel. Marchand de bestiaux, maître d’hotel, cultivateur intelligent, il fit face à toutes ses obligations et donna un grand développement à son domaine. Après une longue maladie, il mourut à l’âge de 91 ans, en laissant le souvenir d’un homme bon, généreux et très loyal. Justine Muratet, de Puniéjoul, fille de l’ancien maire de Marcolès, et sœur de M. Muratet, notaire à Aurillac, fut pour lui une épouse modèle. Des trois enfants issus de leur mariage, la 2ème, Emilie, est mariée à Combatalade, de Maurs, dont la fille s’est alliée à M. Bésairie, riche propriétaire de St Constant ; la seconde fille, Lucie, femme de M. Lacambre, de Roumégoux, habite Louroux-Botteraum, Loire-Inférieure, et n’a aussi qu’une fille ; l’aîné, Léon, mort depuis peu dans la maison paternelle, avait épousé sa cousine, Justine Garrouste, du Bouyssou. Ils laissent trois filles charmantes et un beau garçon. Qu’on me permette ici d’exprimer un vœu. Puisque la famille Peyrou est une des plus importantes de Marcolès, et qu’elle a repris l’éclat de celle des anciens notaires Peyrou, il est bon de ne pas la laisser s’éteindre. Je souhaite donc que le jeune homme, abandonnant les villes et les bureaux, s’établisse à Marcolès et continue les traditions ancestrales. Tous les parents en seront heureux, et je suis sûr que ses aimables sœurs n’en seront as jalouses. Elles tiennent comme moi à ce que la famille Peyrou, si ancienne et si influente dans le pays, se perpétue dans l’avenir. (1)

 

(1) Ce vœu de M. Figeac ne s’est pas réalisé par suite de la mort en juin 1933 de ce jeune homme qui n’a laissé aucune hérédité.      A. Jarrige

 

Supplément.

   1587. ------ Au château de Calvet, sous le règne d’Henri IV, noble Hector de Boissières, seigneur de Laborie et de Calvet vendit à messire Pierre del Peyrou, praticien de la ville de Marcolès, toute la rente qu’il possède sur le domaine del Cabanous et del Ginest, appartenant au dit Peyrou, moyennant une certaine somme …

   1600. ------ Droit de loz fait par noble Ramond de Leige, prieur seigneur de Marcolès pour le pré del Pradal, acquis de Faulat.

   L’an mil six cent et le 3ème jour de janvier, en la ville de Marcolès, noble Ramond de Leige, seigneur prieur de Marcolès, de sa bonne volonté, certifie d’une acquisition faite par messire Pierre Peyro, notaire royal, de la plus vallue et pacte de rachat d’un pré nommé lou Pradal d’Izar Faulat, complètement limité et confronté au contrat de la dite acquisition, l’an 1599, pour le prix et somme de soixante six escus et deux tiers, revenant à 200 livres, … Présents à ce, messire François Celéry greffier et sire Jean Laborie, habitant de la dite ville.

   1604. ------ Copie de contrat d’achat pour messire Pierre Peyrou contre Destanno.

   Comme soit ainsi qu’aujourd’hui date des présentes, par devant moi notaire et témoins soussignés, honorable homme Hector d’Estaing, bourgeois de la ville de Marcolès, aye constitué dot à honnête fille Jeanne Destanno sa fille, et à Maitre Pierre Peyrou, notaire royal, son futur époux, et entre autres choses se serait obligé à payer aux dits futurs époux la somme de cent cinquante livres d’aujourd’hui en un an et pareille somme dans un an après. Or est-il que ce jourd’hui, premier jour de juillet 1604 avant midi, en la dite ville de Marcolès et maison dud. Destanno, a été personnellement établi icelui Destanno, lequel de son bon gré et bonne volonté, pour lui et les siens à l’avenir, pour l’assurance des susdites deux sommes revenant à trois cent livres, et par faculté du payement d’icelles aux termes dessus ; a vendu, cédé et transporté, vend, cède et transporte dès à présent comme des lors, et lors comme à présent au dit de Peyro présent et pour la dite somme de trois cent livres, en acquittement d’icelle, la moitié d’un sien pré, par indivis, appelé prat Bernard, assis aux appartenances du village de la Boygues, contenant tout le dit pré dix œuvres ou environ, lequel se confronte avec le bois du dit vendeur appelé Rieubeilhé, avec le chemin allant du village de la Boygue au lieu de Vitrac, avec l’affar appelé de Bilhieyres de noble Hector de Cazes, seigneur du Poux … En présence d’honorables hommes Gui d’Omps, bourgeois de la ville d’Aurillac et Guillaume Boissières, habitant du village de Canhac.       Guirbert notaire.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

   Voici un acte intéressant l’histoire de la ville de Marcolès, et dans lequel sont mentionnés quelques membres de la famille Peyrou.

   Délibération des habitants de la ville et paroisse de Marcolès pour l’entretènement de l’horloge fait en faveur de Messire Michel Destaing, du XIIII décembre 1664.

   Ce jourd’hui, dimanche quatorzième jour du mois de décembre l’an mil six cent soixante quatre, avant midi, dans la ville de Marcolès, et au devant la grande porte de ‘église parrochelle dud. Marcolès, issue de la grand messe, le peuple sortir de l’ouir, par devant moi, notaire royal soussigné, présents les témoins bas nommés, se sont présentés messire Jacques Destaing, procureur d’office dud. Marcolès, messire Pierre Peyrou, lieutenant et jean Leygonies juge greffier dud. Marcolès, sieur Jean Leygonies, bourgeois, Bertrand Cueilhe, consul, messire jean Peyrou, notaire, messire François Celery, messire Jean Prat chirurgien, Jean Vaurs, Jean Bouygues maçon, messire Antoine Lieurade, Pierre Bouigues, Jean Guibert, messire Pierre Mentières, Vincent Bru, Antoine Combes, messire Antoine Bouyssou, Jean Volonzac, messire Géraud et Guillaume Cueilhe hoste, Jean Gardes cordonnier, Guy Gladines, du village de Blancou, Jean Laborie, François Griniols maître tailleur, Jean Chavagnac, maître charpentier, Antoine Cazal, maître cordonnier, Pierre Moret, du village de la Morétie, consul l’année présente, Pierre Laborie aîné et Philip Laborie, tous habitant de la présente ville, faubourg et paroisse de Marcolès, faisant la plus grande et saine partie des dits habitants : lesquels ont dit et représenté que attendu qu’on n’a pas cotisé l’année présente la commission de la ville qui était destinée pour employer à l’entretènement des portes, fontaines et horloge de la dite ville, ainsi qu’était de bonne coutume et ancienneté ; et après que messire Michel Destaing, du dit Marcolès, s’est présenté pour entretenir le dit horloge, ce qu’il a fait depuis le jour et fête de la saint Barnabé dernier, et considérant que c’est pour le bien pulic et commodité de la dite ville et paroisse, tous les sus nommés concordables et d’une commune voix, après avoir longtemps conféré ensemble, ont accordé et accordent par ces présentes aud. Destaing ci-présent et acceptant la quantité de cinq setiers blé seigle à la mesure dud. Marcolès, à prendre du blé qui se doit distribuer aux pauvres d’icelle ville et paroisse, que les présents consuls seront tenus faire bailler aud. Michel Destaing l’année présente, et les autres consuls consécutivement seront tenus lui en faire bailler pareille quantité année par année à la charge néanmoins que le dit Michel Destaing sera tenu comme a promis, et par ces présentes s’est obligé de bien et dûment entretenir et faire sonner led. horologe pendant le temps qu’il retirera les dits grains, à condition que lesd. consuls seront tenus de faire couvrir led. horologe de sorte qu’il n’y puisse pleuvoir, comme aussi lui faire faire les portes du bas et haut dud. horologe, car ainsi tous les sus nommés concordables et d’une commune voix l’ont voulu, arrêté et promis … fait en présence de messire Jean Peyrou praticien et François Lamoureux, de la ville de Marcolès.                  Cavanac, notaire royal.

   Par suite de quelque donation, les consuls de Marcolès distribuaient chaque année aux pauvres de la paroisse 40 setiers de blé seigle. Cette aumône est mentionnée dans un acte de 1654, passé par le même notaire.

   1669. - Au village de Cantagrel par devant Piganiol notaire, Guillaume Peyrou, fils de Jean et Françoise de Verdelon, résidant présentement au château de Solinhac, reçut de son frère Jean, praticien, la somme de 140 livres, comme légat provenant de son père.

En 1675, Guillaume Peyrou était revenu à Marcolès comme praticien.

1666. - Testament de Géraud Peyrou, 27 janvier, donna à l’église et aux prêtres des messes et fit des legs à messire Pierre Peyrou, Jean Peyrou, Marguerite et Marguerite Peyrou, ses frères et sœurs. Institua heritier son frère Guillaume.

------------------------------------

   Ces notes copiées sur l’original qui se trouve dans la famille Peyrou de Marcolès semblent avoir été écrites vers 1920

   Pour copie conforme

Marcolès le 14 mars 1941

A. Jarrige curé de Marcolès 

 

Accueil